L’IMPRIMANTE 3D, CETTE RÉVOLUTION INDUSTRIELLE QUI APPROCHE

Une machine qui crée n’importe quel objet en quelques clics, voilà une innovation pour sauver le « made in France ».

Une imprimante 3D (MakerBot)

« L’imprimante 3D est une révolution industrielle. » Clément Moreau l’affirme d’une voix basse, presque sans passion. Pourtant, il a cofondé Sculpteo, la première entreprise française qui propose un service d’impressions 3D, en septembre 2009. Un pari risqué qui aurait pu se terminer tristement.

« Aujourd’hui, on vend plusieurs dizaines de milliers de produits par mois. On a une croissance à deux chiffres et on investit près d’un million d’euros par an en recherche et développement. » Ultime argument pour Clément Moreau : « Et on produit en France ».

Au 19ème siècle, la révolution industrielle a fait basculer le monde d’une économie agraire et artisanale à une économie industrielle. C’est l’heure des grandes industries qui produisent en masse des produits standardisés pour le public le plus large, faisant baisser les prix. L’impression 3D pourrait inverser la donne et bouleverser les fondamentaux d’une économie rationalisée et mondialisée, selon les analystes les plus enthousiastes. Chaque foyer pourrait fabriquer à la maison ce dont il a besoin. La fin du « made in China » ?

Imprime-moi un pistolet

Concrètement, une imprimante 3D prend la forme d’un gros cube. Elle peut peser entre 1 tonne pour la version industrielle et 14 kilogrammes pour celles qui sont destinées à un usage plus domestique. Tout dépend de la taille des objets « imprimés ».

L’utilisation d’une imprimante 3D est très simple. Tout d’abord, il faut concevoir l’objet désiré sur un logiciel. Ensuite, il suffit de cliquer sur le bouton « imprimer ». La machine s’éveille et commence à créer l’objet couche par couche. En plastique, en poussière de métal ou encore en céramique. Ainsi, il est possible de concevoir une coque pour iPhone, un support pour papier toilette, une prothèse ou encore une lampe. Des étudiants américains ont été jusqu’à « imprimer » des armes à feu. Incroyable.

 Exemple d’utilisation d’une imprimante 3D :

Mais l’imprimante 3D est encore chère. La bête peut coûter entre 1.000 euros et 100.000 euros, selon l’utilisation que l’on veut en faire. MakerBot Industries vend une imprimante 3D en kit pour amateurs pour moins de 1.000 euros. Il est même possible d’en trouver à moins de 400 euros.

La « troisième révolution industrielle » ?

Le vénérable « The Economist » s’est penché sur la question des imprimantes 3D dès février 2011 : « Il est impossible d’imaginer les conséquences qu’aura l’impression en trois dimensions à long terme. Mais la technologie arrive. Et elle pourrait vraisemblablement perturber tous les domaines qu’elle touchera. » Pour l’hebdomadaire économique, la messe est dite. L’impression 3D apportera « un changement technologique si profond que l’économie industrielle sera ‘réinitialisée’ ». C’est une « troisième révolution industrielle ».

L’idée de l’imprimante en trois dimensions est vieille de trente ans. Les premiers modèles sont apparus en 1983. La qualité des pièces imprimées est mauvaise et le prix de la machine est exorbitant.

L’imprimante 3D ne sort pas du petit monde des laboratoires et des grands industriels. « C’est Emmanuel Sachs, professeur au Massassuchetts Institute of Technology [MIT], qui fut le pionnier de la technologie », raconte Alain Bernard, professeur à l’Ecole centrale de Nantes et lui-même très impliqué dans ce secteur en France, au « Nouvel Observateur ». « Le travail [d'Emmanuel Sachs] dans ce domaine a permis de créer plus de 40 brevets et a lancé une toute nouvelle industrie », peut-on lire sur le site du MIT.

Objet unique et peu cher

En France, « le marché s’est réellement développé en 2009″, expliqueClément Moreau. A ce moment, les chercheurs développent des matériaux plus résistants, plus souples, plus fonctionnels. Pour le co-fondateur de Sculpteo, « la matière, c’était un des freins du secteur. Il fallait que l’on puisse construire des objets finis de qualité, résistant et à moindre coût. » Réservée alors aux conceptions de pièces, l’impression 3D peut aujourd’hui créer des objets qui ont une utilisation concrète pour les consommateurs.

« C’est aussi la possibilité pour le consommateur de personnaliser à outrance le produit, voire de lui laisser le choix dans la conception du produit. Et cela pour coût de production très réduit », poursuit-il. Plus besoin de passer par un sous-traitant industriel qui ne peut que produire en grande quantité, l’imprimante 3D permet d’avoir immédiatement le produit désiré en série limité.

Mais le vecteur de croissance de l’imprimante 3D se trouve du côté du numérique. « La nouveauté n’est pas la technologie, mais la multiplication de ses applications grâce au numérique et à internet », assure Georges Taillandier, président de l’Association française de prototypage rapide (AFPR), à « Libération ». Les designers se mettent à concevoir des logiciels pour créer des objets de plus en plus faciles à utiliser. Les entreprises, telles que Sculpteo, lancent leur application mobile pour permettre à n’importe qui de personnaliser ce qu’il souhaite « imprimer ».

Sauver le « made in France »

Surtout, ce nouveau type d’imprimante pourrait remettre en cause l’industrie traditionnelle. Pour « Business Insider », « l’impression 3D va être un secteur énorme parce qu’elle est beaucoup plus efficace que l’industrie traditionnelle ».

Selon « The Economist », « certains pensent que l’impression 3D va décentraliser complètement l’industrie. D’autres soutiennent que l’impression 3D va affaiblir les pays qui se basent sur les salaires bas et les faibles coûts de production pour devenir des centres industriels et ainsi pousser les pays riches à rapatrier leur capacité de production. »

L’impression 3D sauvera-t-elle le « made in France » ? C’est l’avis de la Commission européenne, qui souhaite réindustrialiser l’Europe, d’après une note révélée par Reuters. « Notre objectif est que l’industrie représente 20% du PIB de l’UE en 2020, contre 16,6% actuellement », expliquait le commissaire chargé de l’industrie, Antonio Tajani, le 10 octobre.

Alain Bernard, vice-président de l’AFPR, souligne les possibilités offertes : « J’imagine demain des cyber-cafés pour imprimantes 3D. Ou encore que les artisans s’en servent pour s’émanciper de beaucoup de contraintes. » De quoi donner le sourire au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

Aux Etats-Unis, les partisans de la technologie affirme que la technologie pourrait relancer l’industrie américaine parce que « les impératifs de coût de production seront remplacés par la créativité et l’ingéniosité ». Preuve que ce marché se porte bien : il pèsera 3,1 milliards de dollars dans le monde en 2016 et 5,2 milliards de dollars d’ici 2020, selon rapport le« Wohlers Report 2012″, qui analyse l’évolution du secteur depuis plus de 25 ans. Google commence d’ailleurs à s’intéresser sérieusement à cette technologie.

A quand l’imprimante 3D à la maison ?

Quid des particuliers ? « L’imprimante 3D à la maison n’est pas pour tout de suite », estime Clément Moreau. « Il y a des freins physiques. Si on veut créer une tasse, il faut par exemple avoir un fourneau pour vitrifier l’émail, en plus de l’imprimante. » Pour le co-fondateur de Sculpteo, une imprimante 3D chez soi ne serait « qu’un jouet ».

Que nenni ! Pour Alain Bernard, l’impression 3D est à deux doigts de s’inviter dans les foyers : « Un couple vient d’avoir un enfant. Les grands-parents habitent à l’autre bout du pays. Le couple aimerait bien faire un cadeau aux grands-parents. Tiens, pourquoi pas un buste du dernier-né ? Ils le créent sur un logiciel de design grâce à une photo du bébé. Les parents envoient le fichier aux anciens qui l’impriment en plastique sur leur imprimante 3D. Tout le monde est content. » Surtout les fabricants d’imprimantes.

À propos de Nathalie Piriou-Deslandes

Bonjour à tous, Ingénieur chimiste, depuis plus de 20 ans, dans diverses industries, je souhaite aujourd'hui, au travers de ce blog, partager mes sujets de prédilection ou simplement des idées nouvelles qui s'offrent à nous pour ouvrir des voies enthousiastes vers un avenir enfin plus ouvert à tous. Tant du point de vue de l'innovation technologique que de l'instauration de modes de management beaucoup plus participatifs, j'essaye de collecter ici des articles, des sites, des blogs de tous ces acteurs du changement qui montrent qu'il est possible de penser autrement et positivement notre monde de demain. Bienvenue sur ce blog. Merci de vous y attarder avec intérêt, je l'espère, et de me faire part de vos commentaires ...
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