La mer batterie

La mer batterie

L'océanCourant, houle, marée, vent… L’océan est un nouvel eldorado énergétique. C’est aussi un formidable gisement de matières premières pour les innovations de demain.

La marinière est à la mode. Pour promouvoir le made in France, mais aussi pour explorer la mer. De nombreux secteurs industriels prennent désormais le large pour accéder à de nouvelles matières premières. Les assises organisées les 20 et 21 novembre à Bayonne parlent même «d’économie de la mer». «Elle offre de formidables opportunités de croissance, d’autant que nous avons des champions français dans chacun des secteurs de l’économie maritime», exposait Gil Sandillon, du cabinet d’audit Pricewaterhouse Coopers, en ouverture de l’édition 2011 de ces assises, à Dunkerque. Pour ce consultant, le navire amiral de cette croissance reste l’énergie.

Curieux paradoxe : on en produira de plus en plus… là où il n’y a personne pour la consommer. Les mers recèlent en effet d’immenses gisements d’énergie : pétrole, gaz, vent, courants, houle, marées, différences de température, de salinité… C’est à la fois un inconvénient, puisqu’il faut ramener cette énergie à terre, mais aussi un avantage, puisqu’il n’y a personne pour se plaindre que la centrale ou l’éolienne du coin lui masque la vue.

Fossiles. La France possède la deuxième zone économique exclusive (ZEE) du monde, cet espace maritime sur lequel un Etat côtier est souverain pour explorer et exploiter des ressources. Onze millions de kilomètres carrés de mers et océans se trouvent sous juridiction française, surtout là où on ne s’y attend pas : au voisinage du Brésil et de l’Australie par exemple. De ces énergies «bleues», on a commencé par exploiter les «noires», c’est-à-dire celles fossiles et carbonées que sont le pétrole et le gaz. Aujourd’hui, la technologie permet même d’extraire du gaz naturel, de le purifier et de le liquéfier sur une plateforme offshore, avant de l’expédier par bateau ou par gazoduc sous-marin. C’est l’objectif des mégaprojets Bonaparte (avec GDF Suez) ou Ichthys (avec Total) au large de l’Australie.

L’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles le confirme : les dépenses d’exploration-production en mer s’envolent, après la pause de 2010 qui a suivi la marée noire de Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique. Parmi les zones les plus prometteuses : les fonds atlantiques présalifères du Brésil, les eaux mozambicaines, les poches de gaz naturel repérées au large de la Crète, les découvertes de Guyane – en attente de confirmation -, et bien sûr l’Arctique, au grand dam des écologistes. Ces hydrocarbures, plus difficiles d’accès, coûteront plus cher à extraire. Les gisements ne seront donc exploités qu’à la faveur d’un prix du baril élevé. Encore plus qu’aujourd’hui.

«Il y a encore cinq ans, les grands patrons du secteur à qui je parlais d’énergies marines renouvelables balayaient le sujet d’un revers de la main. Cette fois, on y est», exulte Jean-François Le Grand, président du conseil général de la Manche, dont le département va accueillir une usine de pales d’éoliennes (Alstom à Cherbourg). «La maturité n’est pas du tout la même d’une énergie à l’autre», prévient toutefois Frédéric Hendrick, vice-président «offshore» d’Alstom Wind, qui insiste aussi sur les coûts de maintenance.

En mer, le vent est l’énergie renouvelable la plus mûre. La France a lancé un premier appel d’offres pour 3 gigawatts (l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de type EPR), et en prépare un second. L’association européenne des professionnels de l’éolien (l’EWEA) pronostique un parc installé en 2020 de 40 GW, contre 3 GW en 2010. Mais si on sait brasser du vent, on peut aussi le faire avec des courants marins. Et les éoliennes sous-marines existent : elles s’appellent hydroliennes .

Entre les deux, il y a la surface : c’est le terrain de jeu des centrales houlomotrices. Les plus connues sont ces gros boudins flottants, sortes de boas des mers, qui actionnent des pistons en se déformant au gré des vagues. A observer au large du Portugal ou des îles Orcades, au nord de l’Ecosse. Dans les eaux françaises, l’utilisation de la houle pour fabriquer de l’électricité représenterait 40 TWh par an, soit un dixième de ce que produit le parc nucléaire hexagonal.

Signe que ces drôles d’énergies ne sont pas une lubie de bricoleurs, ce sont les pointures du pétrole, des turbines et de la construction navale, les Technip, Alstom, DCNS, etc., qui prospectent le secteur.

Les industriels en marinière vont aussi devoir apprivoiser un nouveau mot : l’adjectif algal. Algocarburants, produits algosourcés… Les algues postulent à de multiples usages. A commencer par l’énergie, puisqu’elles sont sources d’huile et d’hydrogèneMais l’algue, c’est aussi un nouveau maïs ou une nouvelle vitamine pour l’alimentation, la nutrition animale, la santé, la chimie, les cosmétiques…

Bioraffinerie. L’entreprise bretonne Olmix, convaincue que les algues sont le nouvel or vert, a lancé cet été le groupement Ulvans, avec cinq PME de sa région, pour monter une sorte de bioraffinerie dédiée aux végétaux marins. «La perspective d’activité est de 150 millions d’euros d’ici à 2020, avec un objectif de 80% à l’exportation vers les marchés à fort potentiel comme la Chine et l’Asie du Sud-Est.» Souhaitons-lui de ne pas faire plouf.

A LIRE également :

Côtes-d’Armor : Les algues-chimistes

Le centre d’étude de Pleubian trouve à ces végétaux marins des applications industrielles allant du pastis au pansement, du papier à la crème de beauté.

Elle porte un petit nom charmant, l’ulve. On l’appelle la «laitue de mer». D’ailleurs, elle se mange. Etrange quand on sait que c’est elle qui, l’été, s’échoue en masse sur les côtes bretonnes, pourrit et empoisonne – littéralement – la vie. Dominique Duché plonge la main dans un petit bassin en béton, détache un bout de thalle, l’équivalent des feuilles, et l’avale. «Il est hors de question de la cultiver en mer, et même de l’y récolter, ce serait perçu comme un encouragement à l’élevage intensif, explique le directeur du pôle «Algue matière première» du Centre d’étude et de valorisation des algues (Céva). Par contre, pourquoi se priver de le faire dans des cuves, à terre ? Là, je tente d’orienter la production pour obtenir de l’amidon.» 

Tambours à purée. Nous sommes dans les Côtes-d’Armor, à Pleubian, sur la presqu’île de Pen Lan, bordée par l’un des plus grands champs d’algues d’Europe. Au loin, l’archipel de Bréhat. En face, le refuge breton des Bettencourt. C’est ici que le Céva est installé, sur le site d’une ancienne usine d’alginates, ces épaississants extraits des algues brunes. En 1982, la structure, qui compte 65% de capitaux publics (le reste est réparti entre l’Ifremer et des PME de la filière), est créée avec un double objectif : mieux connaître le phénomène des marées vertes, qui commence déjà à devenir critique, et développer une économie autour des algues, toutes variétés confondues .

Originalité du Céva ? La transversalité. «Nous sommes les seuls en Europe à travailler de l’amont à l’aval, de la spore d’algue dans l’eau jusqu’à son extrait dans la gélule», note Dominique Duché. Le Céva fait le lien entre la recherche académique et le monde industriel. Ici, on répond à la demande des clients, de la TPE au grand groupe (BASF, Urgo, L’Oréal…). Dans le «pilote industriel», sorte de mini-usine de 1 000 m2, on ne produit rien, on ne vend rien, on expérimente. Les algues sont broyées, macérées, lyophilisées. Avant d’offrir le fin fond de leurs molécules aux chimistes.

Vu les moyens limités de la maison (27 salariés pour 2 millions d’euros de chiffre d’affaires), le système D est roi. Les machines sont adaptées de l’agroalimentaire : hachoir à saucisses, tambours à purée Mousline… Pour 1 000 euros par jour, le Céva accompagne le client, le temps qu’il s’approprie le «process».

Au Centre d'études et de valorisation des algues (Céva) à Pleubian (Côtes-d'Armor)

Le résultat tient de l’inventaire à la Prévert. Aperçu dans une minuscule vitrine du hall d’accueil. «Perles de l’océan», petites billes d’alginates permettant d’encapsuler divers liquides aromatisés : elles font un tabac dans les cocktails. Crèmes de beauté. Pots horticoles qui, une fois biodégradés, nourrissent la plante. Compléments alimentaires riches en polyphénols (les mêmes qui rendraient le vin rouge si bon pour la santé). Pastis, beurre et caramels aux algues. Papier. Elément de feu arrière mi-plastique, mi-algue, élaboré pour Fiat. Pansements (les alginates aidant à cicatriser)…

Qu’elles soient rouges, brunes, vertes ou microscopiques, les algues n’ont jamais été aussi populaires. Au Céva, on est ravi. Mais le buzz, dans les médias comme chez les financiers, porte d’abord sur leur potentiel énergétique. Ce qui n’est pas pour demain. Trop chères à produire à grande échelle, pour l’instant. «Surtout, c’est les prendre par le petit bout de la lorgnette. Dans les algues, il faut tout utiliser, comme dans le cochon. On doit les « craquer », comme on « craque » le pétrole en pétrochimie pour fabriquer d’autres composés. C’est cette multiplicité d’utilisation qui les rendra rentables», insiste Dominique Duché.

«Concessions». Certaines applications existent depuis des lustres. En Asie, la consommation comme légume croît de 5% par an et absorbe la quasi-totalité des 20 millions de tonnes de macroalgues produites dans le monde chaque année. Dans nos contrées, les alginates sont utilisés comme épaississants, gélifiants, émulsifiants et stabilisants de moult produits (additifs alimentaires, cosmétiques, peintures, encres d’imprimerie…). Mais d’autres débouchés émergent, comme la nutrition animale ou la chimie du végétal. Et à plus long terme, donc, les algocarburants.

«Techniquement, on sait tout faire en laboratoire, explique le chimiste Jean-François Sassi, responsable du pôle «Algue produit».Le défi, c’est l’industrialisation, en aval côté transformation, mais aussi et surtout en amont, pour fournir assez de biomasse.» Produire plus d’algues, mieux et pas cher. Passer de la récolte à la culture à grande échelle (sur les 70 000 tonnes françaises, seules 300 sont cultivées). Les domestiquer, contrôler leur reproduction et leur développement… C’est la mission de Dominique Duché.

Le principal frein, selon lui, réside dans le fait qu’«il est très rare que l’Etat accorde des concessions en mer». D’où l’idée de faire ami-ami avec d’autres «usagers» de l’espace maritime, de coupler la production d’algues avec l’éolien offshore, l’ostréiculture et l’aquaculture. «Les Chinois combinent depuis toujours l’élevage des poissons et la culture des algues. Et l’ulve est déjà associée aux ormeaux en Australie ou aux crevettes au Mexique», s’enflamme l’ex-aquaculteur. Outre le gain de place, élever des mulets au milieu des laitues de mer permettrait de nourrir les poissons tout en nettoyant l’eau de leurs déjections. L’ulve proliférerait aussi, mais en bassin. Et pour de bonnes raisons.

A propos Nathalie Piriou-Deslandes

Bonjour à tous, Ingénieur chimiste, depuis plus de 20 ans, dans diverses industries, je souhaite aujourd'hui, au travers de ce blog, partager mes sujets de prédilection ou simplement des idées nouvelles qui s'offrent à nous pour ouvrir des voies enthousiastes vers un avenir enfin plus ouvert à tous. Tant du point de vue de l'innovation technologique que de l'instauration de modes de management beaucoup plus participatifs, j'essaye de collecter ici des articles, des sites, des blogs de tous ces acteurs du changement qui montrent qu'il est possible de penser autrement et positivement notre monde de demain. Bienvenue sur ce blog. Merci de vous y attarder avec intérêt, je l'espère, et de me faire part de vos commentaires ... Hello everybody, For more than 20 years, I exercise my job of chemical engineer in different industries. And today, through this blog, I wish simply to share my favorite topics or new ideas which come to light and can open enthusiastic pathways towards a future finally more fruitful for all. Both from the point of view of the technological innovation and implementation of more participative models of management, I try to collect here articles, sites, blogs of all these actors of the Change who show us that it is really possible to think differently and mostly positively our tomorrow world. Welcome to this blog. Thank you for passing by there with interest, (I hope), and don’t hesitate to pass on me any reactions and/or any questions …
Galerie | Cet article, publié dans Acteurs du changement, Energie, Innovation, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.