Pour vous, le risque, c’est quoi ? Entretien avec Claude Allègre

Claude Allègre est un scientifique de renom (connu pour son opposition farouche à la théorie du réchauffement climatique). Au-delà de ce débat, il livre ici quelques vérités incontournables sur la signification du Risque dans notre société occidentale qui a de plus en plus peur de tout, ce qui entrave gravement nos capacités à innover …

Entretien réalisé par Robert Leblanc, Pierre Bollon, Jean-Hervé Lorenzi.

Risques : Pour vous, le risque, c’est quoi ?

Claude Allègre : Je vais peut-être vous surprendre : pour moi, le risque c’est la vie. Il n’y a pas de vie sans risque, il n’y a pas de créativité sans risque. On ne peut pas avancer sans prendre un certain nombre de risques. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi mais, chaque fois qu’il y a un acte de création, un acte d’innovation (par exemple présenter une nouvelle théorie scientifique, une nouvelle interprétation, trouver une nouvelle façon de peindre ou de faire des photos), on prend un risque parce que, derrière tout ça il y a le principe de Minesis de René Girard, que je considère comme étant l’une des grandes découvertes des sciences humaines.

Je me permets de vous le rappeler : il y a opposition entre l’individu qui cherche à se distinguer, à être particulier, et le groupe qui cherche au contraire à uniformiser, à ce que tout le monde soit semblable. Et l’individu qui se distingue prend le risque d’être le bouc émissaire. Le risque est donc d’être sacrifié si on est trop original. D’où le fait qu’on a mis 50 ans à découvrir Mendel ou Wegener, 80 ans à découvrir Darwin, et ainsi de suite… parce qu’ils étaient trop en avance, donc boucs émissaires. Ce qui fait que la création ne peut être que ce que j’appelle « différentielle », au sens mathématique du terme, c’est-à-dire qu’elle ne peut être qu’une petite avancée par rapport à ce qui est admis communément ; si elle est trop grande, il y a le phénomène du bouc émissaire.

Le risque pris par certains doit permettre d’entraîner le groupe, mais il ne doit pas être tel qu’il mette ceux-là en position de boucs émissaires. Le fait de prendre des risques – raisonnablement, encore une fois, pas de manière stupide – est quelque chose qui doit être intégré à l’éducation car cela fait partie de la vie.

Risques : Pouvez-vous revenir sur la place du risque dans la démarche scientifique ?

Claude Allègre : C’est une place centrale. Le danger auquel nous sommes aujourd’hui confrontés avec la science, c’est l’uniformisation, et ce, pour deux raisons.

La première, c’est le nombre considérable de chercheurs (95 % des chercheurs ayant jamais existé vivent actuellement) et de revues. Nous avons un système de peer review qui a tendance à tout homogénéiser. Les articles sont signés par vingt-cinq personnes, dont trois seulement ont travaillé. Les autres, on les a rencontrés dans l’avion de Tombouctou, on a dit deux mots, etc., mais on les fait signer parce que, si on fait signer des tas de gens, ça paraît sérieux. L’innovation, l’originalité est minorée au profit du consensus.

Regardez les Nobel : on donne des prix aujourd’hui à des gens qui ont 70 ans et qui ont fait des travaux il y a 40 ans, ce qui ne s’était jamais vu. Pourquoi cela ? Parce que c’est moins « risqué » de donner le prix Nobel à quelqu’un qui est cité dans la littérature… Grigori Perelman, le mathématicien russe auquel a été décernée la médaille Fields cette année, a refusé de publier dans les revues parce qu’il estime que ce qu’il fait est trop original pour passer l’obstacle des peer reviews. Toute son œuvre est publiée sur Internet. Il y a eu un débat terrible, certains disant « mais ce ne sont pas des publications dans des revues », d’autres répondant « oui, mais il a démontré des théorèmes que les autres n’avaient pas démontrés ». Finalement, ils lui ont donné la médaille Fields !

Et on généralise ce vocabulaire horrible qu’est le « consensus scientifique ». C’est un oxymore parce que si c’est un consensus, c’est une banalité. Si tout le monde est d’accord, ce n’est pas une création scientifique !

L’arrivée massive des scientifiques chinois risque d’être un élément d’uniformisation supplémentaire. Les Chinois veulent montrer qu’ils sont aussi bons que les Américains et les imitent. Ils refont les mêmes travaux que les Américains, en essayant de les faire mieux, de mettre plus de moyens, etc. Et, alors qu’ils sont très présents dans la littérature, on ne peut pas dire qu’il y ait une idée vraiment originale qui vienne de Chine et bien sûr pèsent sur eux Confucius et le culte des ancêtres. C’est assez curieux, cela a relativement libéré les Japonais. Maintenant, au Japon, l’innovation, le risque sont vraiment pris comme quelque chose de gratifiant. Mais les grands innovants sont l’Inde et les pays de l’Est, les Russes notamment. Il y a un intellectualisme créatif extraordinaire. Les Indiens sont les rois en informatique, mais ils n’en sont pas esclaves. Si on veut comprendre l’Inde, il faut lire le Mahâbhârata, parce que l’lnde c’est la floraison de cent mille idées, un foisonnement, et une envie d’individualisation.

La seconde raison de l’uniformisation, c’est l’ordinateur. Bien sûr, tous les progrès que nous avons faits n’auraient pas été réalisables sans l’ordinateur, mais en même temps, maintenant, un grand nombre de jeunes font des modèles sur ordinateur, les font tourner, sortent des cartes couleur qui impressionnent tout le monde, se donnent l’air rigoureux (c’est ce qui se passe avec le climat, soit dit en passant)… On a une science qui devient sans inspiration, sans intuition… Les équipes deviennent très nombreuses, organisées comme des régiments… C’est pour moi la meilleure garantie de non-innovation !

Risques : Comment expliquez-vous ce refus croissant du risque qui est allé jusqu’à la constitutionnalisation du principe de précaution ?

Claude Allègre : Je ne suis pas le plus qualifié… Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas sociologue pour dire pourquoi la peur. Je vous donnerai quelques facteurs.

Un des facteurs, c’est la baisse considérable de la culture scientifique, c’est-à-dire la méfiance pour la science. Le responsable, c’est l’Éducation nationale qui a fait de la science une discipline de sélection au lieu d’en faire une discipline de culture. Ce qui fait que les étudiants qui sortent de là sont soit scientifiques, soit antiscientifiques. On a là une répulsion basique par rapport à la science. C’est un facteur très important. Et, ministre, je n’ai pas réussi à corriger cela.

Un autre facteur, c’est le chômage. Ça pèse sur la tête des élèves. Depuis pratiquement la classe de seconde, les élèves se font du souci pour leur avenir. Aujourd’hui, le problème n’est pas tant de faire des programmes intéressants et de les réformer, mais de trouver un moyen pour motiver les élèves à étudier, car une partie d’entre eux est totalement découragée par rapport à la vie.

Enfin, il y a sans doute l’effondrement des grandes idéologies. Je n’ai jamais été dans cette catégorie, mais j’ai vécu à une époque dans laquelle vous aviez des communistes purs et durs qui croyaient aux lendemains qui chantent… Et de l’autre côté, des anticommunistes qui se structuraient autour du refus.

Paradoxalement, je pense que le fait que la vie augmente de deux mois tous les ans provoque la peur. On a peur de tout. Il suffit de voir les émissions de télévision, les journaux télévisés. Ils sont dominés par la peur. Il suffit qu’un enfant se prenne les pieds dans un ascenseur pour qu’il fasse l’ouverture du journal télévisé, qu’on vous annonce que le préfet a ordonné une enquête généralisée sur les ascenseurs et que, le lendemain, le ministre vous déclare qu’on va réviser tous les ascenseurs de France. Je prédis que, dans quelques années, peut-être décennies, un veuf ou une veuve attaquera sa société d’assurances ou l’État parce que son conjoint sera mort plus tôt que l’âge moyen de décès de la catégorie à laquelle il appartient (donnée par l’Insee), et réclamera des dommages et intérêts !

Un exemple typique de ce qui se passe : l’amiante à Jussieu. Il faut que vous sachiez que la teneur en amiante à l’intérieur de Jussieu – une fois les lieux plâtrés et les plafonds isolés – est dix fois inférieure à celle des rues de Paris due aux patins de freins des voitures. Mais, sous prétexte que le président de la République a annoncé que l’amiante même à basse teneur était extrêmement dangereuse, sur la base d’un rapport nullissime de l’Inserm qui consistait à extrapoler à zéro des courbes de toxicologie (tout le monde sait que la toxicologie ne fonctionne qu’avec des seuils), on a décidé de désamianter Jussieu. On a dépensé 1,4 milliard d’euros, soit la construction de six universités. En plâtrant on aurait dépensé 50 millions !

Je ne crois pas que ce phénomène de peur soit général dans le monde, c’est spécifique à l’Europe. Cela a été augmenté considérablement par un phénomène politique majeur, l’entrée des Verts dans le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne qui ont développé à partir de l’Allemagne et du Parlement européen des normes absolument invraisemblables. L’exemple typique est celui des organismes génétiquement modifiés (OGM) : jusqu’à preuve du contraire, personne n’a un indice quelconque d’une maladie ou d’une déficience due aux OGM. Je dis toujours, en plaisantant, qu’il y a sûrement un facteur génétique : les Américains descendent de nos parents qui ont traversé l’Atlantique. Nous, nous descendons de ceux qui sont restés. Notre tendance n’est pas de partir derrière les chariots bâchés vers l’Ouest !

Risques : Pouvez-vous développer ce sujet des OGM ?

Claude Allègre : Nous sommes dans une situation catastrophique. Je vais vous donner un exemple précis : le maïs. La France est un gros producteur de maïs, mais un certain nombre de régions productrices ont des problèmes d’eau. Or une chercheuse d’Afrique du Sud (qui a eu d’ailleurs le grand prix L’Oréal il y a deux ans) a mis au point un maïs OGM qui se contente du tiers de l’eau nécessaire au maïs normal, et qui peut supporter deux mois de sécheresse. Et bien, on n’a pas le droit de l’utiliser. Voici un deuxième exemple : j’étais en Argentine ces jours derniers. Ils m’ont dit : « Grâce à vous, on se développe ! », « Comment ça, grâce à nous ? », « Parce qu’on vous exporte par bateaux entiers notre soja transgénique, c’est comme ça qu’on est en train de relancer l’économie. » Autrement dit, on interdit aux Français de produire du soja transgénique, mais on en importe d’Argentine et on le donne à manger à nos vaches.

Un autre exemple encore : la vigne. C’est la plante la plus susceptible d’être détruite par des parasites et pour laquelle on utilise le plus de pesticides et d’insecticides (vous connaissez tous le sulfate de cuivre). Notre vin, qu’on le veuille ou non, contient un peu de pesticides ou d’insecticides. Mais les Américains, les Brésiliens, les Australiens et d’autres sont en train de faire des vignes OGM dans lesquelles il n’y aura plus besoin d’insecticides.

L’Europe était l’un des grands producteurs de semences. À cause des dégâts faits par les écologistes sous le regard bienveillant des gouvernements successifs, tous les industriels européens sont en train d’abandonner cette activité ou de délocaliser leurs centres de recherche…

Et la vache folle… On a fait comme si elles se transmettaient la maladie par contiguïté. J’ai écrit un petit bouquin qui s’intitulait Quand on sait tout on ne prévoit rien… et quand on ne sait rien, on prévoit tout. J’y donne la courbe de natalité des vaches malades. Il suffisait de la regarder pour savoir qu’il n’y avait plus aucun danger en France, et on a abattu 300 000 pauvres vaches pour rien !

Risques : Les vaches folles, ce n’est plus une question d’OGM…

Claude Allègre : Certes, mais je vais vous parler d’une chose complètement différente : les risques naturels. Est-ce que les risques naturels vont augmenter ? La réponse est oui pour les enjeux matériels, non pour les vies humaines. Quels sont les grands risques naturels aujourd’hui sur la planète ? Les éruptions volcaniques, les séismes, les inondations et les cyclones.

Peut-on prévoir les éruptions volcaniques ? Oui, à condition d’avoir un minimum d’instrumentation sur les volcans. Mais, autant on peut les prévoir, autant la prévention n’existe pas. On ne sait pas arrêter une éruption et, s’il y a des maisons, elles sont ensevelies. Or, les gens s’installent sur les pentes des volcans qui sont des lieux très fertiles. Donc nous aurons une augmentation des risques, mais probablement pas des risques de personnes, car on a normalement le temps d’organiser les évacuations des populations concernées.

Peut-on prévoir les tremblements de terre ? Non. Mais, même si on savait les prévoir, sauf à l’heure près, ça ne servirait pas à grand chose. Quand je faisais partie du groupe de travail à l’Onu sur les décennies des risques naturels, nous avons auditionné le maire de San Francisco qui nous a dit : « Si vous nous prévoyez un séisme pour la semaine prochaine, on va sans doute envoyer les enfants des écoles un peu en dehors de la ville, mais il est hors de question d’arrêter l’activité économique pendant une semaine. Si vous nous prévoyez un tremblement de terre à l’heure près, évidemment, ça sera quelque chose d’important. » Si on ne sait pas bien prévoir quand aura lieu un tremblement de terre, on sait où. Car, à de rares exceptions près, tous les tremblements de terre ont lieu sur des failles préexistantes. Par conséquent, pour les assureurs, c’est à peu près cadré. Et la prévention est remarquablement au point. La construction parasismique est une technologie bien établie. Évidemment, elle coûte à peu près 30 à 35 % de plus. Les séismes feront des dégâts humains dans les régions sous-développées, beaucoup moins dans les régions développées. Vous n’entendez pas parler de gros dégâts au Japon, ni en Grèce, alors que les séismes se produisent par centaines tous les ans. Les Français se préoccupent beaucoup des risques sismiques bien que, en quatre siècles, il y ait eu 40 morts en France, 400 000 en Italie et 1 million en Indonésie. Quant aux Californiens, ils vivent fort bien en sachant qu’il y aura un gros séisme quelque part autour de San Francisco ou de Los Angeles ; et les maisons se vendent, les assurances fonctionnent, etc.

Risques : Avec les inondations et les cyclones, nous abordons les risques climatiques…

Claude Allègre : Parlons-en ! Qu’est-ce qu’on constate, d’abord ? Comment l’explique-t-on ensuite ? Et enfin que pouvons-nous faire ?

On dit que la température moyenne du globe a augmenté de 0,6 °C depuis le début du XXe siècle. Or, à cette époque, on ne connaissait pas la température moyenne du globe avec ce degré de précision compte tenu du fait qu’il n’y avait qu’une centaine de stations sur les continents, surtout en Europe et en Amérique, et quelques mesures à partir de bateaux. Mais il faut un travail plus fin : les Allemands ont depuis longtemps des stations climatiques excellentes ; depuis le début du siècle, les Français, à ma grande honte, n’en avaient pas beaucoup de fiables (Météo France, dixit), les Espagnols pas du tout, les Portugais non plus. Si on fait le travail convenablement, la température moyenne de l’Europe apparaît stable jusqu’en 1987 et un changement assez net intervient à partir de cette date, mais avec des disparités géographiques. À Paris, la température a augmenté de deux degrés depuis le début du siècle, à Berlin pas du tout, à Tokyo pas du tout, à New York pas énormément ; à Saint-Pétersbourg, elle a augmenté depuis 1970 mais à Arkhangelsk, elle a diminué.

Il y a toujours eu d’ailleurs des variations importantes. Il y a 700 millions d’années, la terre était une boule de neige, il y avait de la glace partout, y compris dans les océans. Ça ne s’est pas reproduit. Il y a eu des âges glaciaires, interglaciaires et surtout, ce qui est très étonnant, au milieu des périodes chaudes et froides, des événements imprévus à l’opposé des tendances. Emmanuel Leroy Ladurie a bien montré par exemple que, pendant le petit âge glaciaire, en 1720, une canicule a tué 420 000 personnes en France. Il faut bien comprendre cette instabilité du climat. Entre le XVe et le XIXe siècle, l’Europe est passée par un petit âge glaciaire qui succédait à une période relativement chaude au cours de laquelle les Vikings allaient coloniser le Groenland. Entre ces deux siècles, nous avons eu une période relativement froide. Une année sur deux, on traversait la Seine à pied à Paris. À Londres, la Tamise, c’était tous les ans ! Vous vous souvenez de vos livres d’Histoire et du général Pichegru qui a battu la flotte hollandaise à cheval parce qu’elle était prise dans les glaces ?

Risques : C’est ce que l’on constate… Comment l’explique-t-on ?

Claude Allègre : On ne parle que du CO2.

Il se trouve que les petites variations que l’on a depuis le début du siècle jusqu’en 1987 sont complètement modélisées par les variations de l’activité solaire. On a de très bons enregistrements du champ magnétique terrestre qui permettent de suivre ces variations qui ne sont guère visibles. Il faut savoir que le soleil est variable. C’est un système chaotique avec des cycles réguliers à 11 ans et des fluctuations aléatoires.

De l’irradiation que la terre reçoit du soleil, 50 % arrive au sol et est renvoyée sous forme de rayonnement infrarouge que l’atmosphère retient plus ou moins, selon différents facteurs constitutifs de l’effet de serre. Le facteur principal est l’eau : entre l’eau en suspension (4 % des particules en suspension) et les nuages, elle est la cause de 70 % de l’effet de serre. Le gaz carbonique, avec son spectre de réflexion dans le domaine infra-rouge, représente à peu près 12 %. Il y a aussi du méthane, de l’ozone et des tétra-fluorures de carbone…

Quel lien peut-on établir entre les variations climatiques et le CO2 ? On peut tout simplement rapprocher des courbes. Le CO2 augmente de plus en plus, les températures aussi. Mais le CO2 augmente depuis longtemps, et la température en Europe depuis 1987. Entre parenthèses, depuis cette date, les composés soufrés décroissent, par application de la réglementation anti-pluies acides. Et les composés soufrés sont des refroidisseurs. Est-ce qu’une partie du réchauffement n’est pas due au fait qu’on a réglementé ? On n’en sait rien. Si c’est le CO2, en tout cas, il y a 80 ans de latence avant qu’il ait un effet.

Risques : Si l’on constate l’écart de 80 ans, est-ce que cela n’établit pas qu’il n’y a pas de lien ?

Claude Allègre : Non ! Cela serait jouable par un mécanisme, qui est que l’océan absorbe du CO2, et il met 1 000 ans à tourner.

Les tenants de l’explication du réchauffement par l’effet de serre dû au CO2 observent aussi dans les archives glaciaires les fluctuations passées de température et de CO2. Manque de chance, depuis 5 ans, on a montré que la variation de température précède de 800 ans la variation du gaz carbonique !

À propos des glaces, on s’inquiète d’une débâcle dans l’Arctique. Or, il se trouve que 92 % de la glace est dans l’Antarctique et elle ne bouge pas ! Quant au niveau de la mer, il augmente de 2,5 mm par an. On s’alarme au sujet d’une île du Pacifique en train d’être submergée par les eaux, on en fait une page entière du journal du dimanche ! Mais cela n’a rien à voir avec la montée du niveau de la mer, ni avec la pollution créée par l’Australie qui jette ses produits à la mer ! C’est un phénomène géologique classique que j’ai enseigné pendant 30 ans, la subsidence des atolls : les îles d’origine volcanique émergent, puis baissent et finissent sous l’eau…

Les gens qui font des modèles de l’atmosphère sur ordinateur sont sûrs d’eux. Pourtant le climat est extraordinairement difficile à modéliser. Pour vous donner un exemple, les nuages qui s’appellent des cirrus favorisent l’effet de serre ; alors que les stratus qui sont à plus basse atmosphère, au contraire, refroidissent l’atmosphère. Les fameux modèles disent que, chaque fois qu’on double la quantité de gaz carbonique à l’horizon de 2100, on obtient une augmentation de température de un ou deux degrés. Quand je vois la fluctuation thermique moyenne dans la journée, un ou deux degrés, ce n’est pas un gros problème !

Risques : Que doit-on redouter, finalement ?

Claude Allègre : Arrêtons de parler du réchauffement climatique. Sans doute y en a-t-il un mais il est minime, peut-être un ou deux degrés dans le siècle. Quand vous pensez que, il y a quinze jours, il y avait une différence de quinze degrés avec aujourd’hui, vous voyez que ce n’est pas cela qui va nous changer. On ne comprend pas le climat, et peut-être ne le comprendra-t-on jamais pour des raisons d’instabilité intrinsèques au système dynamique de la météo qui font aussi qu’on ne peut prévoir le temps à plus de trois jours…

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un changement des rythmes du climat et une amplification des phénomènes extrêmes. Il ne pleut pas davantage mais la pluie est concentrée sur des périodes de pluies très fortes, alternant avec des périodes de sécheresse très forte. Il n’y a pas plus de cyclones dans la zone Caraïbe, sauf que les cyclones de force cinq ont été multipliés par dix en dix ans. Nous avons déjà eu deux cyclones en Europe : l’un a touché la France en 1999, l’autre la péninsule ibérique l’année dernière… Il y a eu une tempête de neige en Amérique du Nord au mois de septembre, ce qui est tout à fait exceptionnel. L’année dernière, l’hiver russe a été absolument terrible…

Les inondations aussi augmentent partout. Mais il n’y a pas que le changement climatique pour les expliquer ; il y a aussi le fait que l’homme goudronne tout, cimente tout… S’il tombe une goutte d’eau, sauf à s’évaporer, elle coule jusqu’à la rivière. Ce qui est amusant, pour un expert, c’est que les inondations et la sécheresse, c’est pareil : quand l’eau ruisselle, elle forme des inondations, mais aussi, ne s’infiltrant pas dans le sol, elle n’alimente pas les nappes phréatiques. C’est un phénomène que l’on peut contrer, en réinjectant de l’eau en hiver dans les nappes phréatiques ; cela se fait au Moyen-Orient, en Californie, en Grèce, mais nous ne le faisons pas en France.

Risques : Que peut-on faire, plus généralement ?

Claude Allègre : Nous avons les moyens scientifiques et techniques de prévenir ces catastrophes naturelles, à condition de continuer à faire de la recherche scientifique, ce qui n’est pas garanti. Quels sont les risques pour les Français ? Ils sont ridiculement faibles par rapport à ceux courus par les Indonésiens, les Malais, les Japonais ou les Californiens. Vous avez peut-être remarqué d’ailleurs que les pays les plus innovants et les plus dynamiques sont ceux sur qui pèsent les plus grands risques naturels. Ce n’est peut-être pas par hasard. Il est possible que ceux qui vont habiter ces pays ont compris que la vie c’était le risque et que l’économie c’était le risque aussi.

Faut-il, sur la question centrale du changement climatique, prendre la précaution maximale ? Quel en est le coût et est-ce qu’on est prêt à affecter autant de ressources à cet enjeu, en priorité par rapport à d’autres ? On fait décroître le CO2 ou on laisse mourir des milliers de gens de pénurie ? On commence par la question de l’eau, et on s’occupe ensuite du gaz carbonique ? Nous sommes dans l’irrationnel. Quand on nous dit qu’il faut diminuer l’émission de gaz carbonique des trois-quarts en dix ans, c’est totalement absurde ! La moitié des émissions de gaz carbonique, c’est la production d’électricité, l’autre moitié les transports et l’industrie. Il n’y a pas de substitut au kérosène pour les avions malgré de nombreuses tentatives. Il y a un substitut pour les bateaux, le nucléaire, mais ça coûte cher. Quant aux voitures, la solution la plus réaliste, ce sont les voitures hybrides. L’amélioration des piles qui est en train de se faire, notamment sous l’impulsion des Japonais, permettra probablement d’arriver à des voitures dans lesquelles le fuel ne représentera qu’un tiers de la dépense d’énergie. Mais je ne vais pas vous apprendre qu’en économie le facteur temps est important : supposons que nous décidions que toutes les voitures neuves vendues en France, à partir d’aujourd’hui, doivent être des voitures hybrides, le parc automobile ne serait intégralement de voitures hybrides que trente ans plus tard. Évidemment, on peut dire : « Vous ne prenez plus la voiture, tout le monde à vélo, l’avion, on réduit d’un tiers le trafic, les poêles à mazout, terminé ! » Ce n’est pas raisonnable. Si vous vouliez prendre une mesure sérieuse, vous décideriez que, dans dix ans en ville, il n’y aurait plus que des voitures hybrides. C’est une mesure concevable à condition d’avoir le courage de la prendre. Les voitures à pile à combustible posent d’immenses problèmes, d’abord pour préparer l’hydrogène, et deuxièmement pour le distribuer compte tenu du fait que c’est un gaz détonant et par conséquent très dangereux. Avant d’installer un parc de stations-service pour l’hydrogène comme on en a pour l’essence, il faudra pas mal de temps. La pile à combustible est peut-être intéressante, mais l’économie de l’hydrogène n’est pas pour tout de suite.

Je ne suis pas pour autant partisan de laisser continuer l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, qui est sans aucun doute d’origine humaine. D’ailleurs, ce qui me préoccupe plus que le climat, c’est l’acidification des océans qui se surimpose au pillage des ressources halieutiques et fait que nous allons nous trouver dans des situations terribles sur le plan des ressources alimentaires ou de la survie des coraux, etc.

Il faut sans doute réduire les émissions de CO2, mais par des moyens raisonnables… et à un rythme raisonnable. Par exemple, en éliminant petit à petit la production d’électricité par le pétrole et le charbon sauf si – et nous y travaillons – nous réussissons à faire la séquestration du CO2 à un prix sensé.

Risques : On peut donc dire que, intellectuellement, scientifiquement, il y a une espèce de supercherie et que c’est bien de la dénoncer. Est-ce que, du point de vue de la marche du monde, la prise de conscience d’enjeux environnementaux majeurs est quand même utile ?

Claude Allègre : Beaucoup pensent que si vous limitiez le CO2 vous résoudrez tous les problèmes climatiques. Non ! Par conséquent, l’attitude est très différente. Ce n’est pas : « mettons le paquet sur le problème du CO2 », mais « adaptons-nous au changement climatique ».

L’affolement des populations a néanmoins un résultat assez intéressant : le budget des laboratoires de recherche travaillant sur le climat a augmenté en moyenne d’un facteur de 5 à 10. Mais il se passe quelque chose de très dangereux à mon avis. Un panel international de scientifiques constitué sous l’égide de l’Onu fait un rapport. Ce rapport de 1 000 pages, personne ne le lit. Ensuite, un deuxième panel de représentants de gouvernements – dont certains sont des scientifiques, d’autres non – est constitué. Son rapport est lisible puisqu’il fait soixante-dix pages, et c’est la vérité officielle. Sur le plan scientifique, c’est terrible. Cette idée d’une vérité officielle, imposée, organisée, est quelque chose d’extrêmement dangereux.

En 1990, j’avais écrit un livre qui s’intitulait Économiser la planète. C’était un jeu de mots : ça voulait dire « faites attention de ne pas surexploiter la planète », mais ça voulait dire aussi « faites entrer l’écologie dans l’économie ». Il faut que l’écologie soit un facteur d’enrichissement. Tout ce qui ne rentre pas dans l’économie, ce n’est pas sérieux.

Arrêtons de raconter que l’on va réduire les émissions de CO2 des trois-quarts en dix ans : comment allez-vous faire ? Vous allez mettre deux cents millions de personnes au chômage pour faire cela ? Il faut arrêter ces balivernes. Il faut faire décroître le CO2 : oui ! Et il y a des solutions, je vous l’ai dit : le nucléaire pour l’électricité, les voitures hybrides…

Risques : Pour en revenir au rejet du risque dans nos sociétés dites post-industrielles, est-ce qu’il n’y a pas aussi cette idée qu’on a joué les apprentis sorciers au XXe siècle ? Et, si l’on prend l’exemple de l’atome, ne faut-il pas distinguer des utilisations dévoyées de la science, comme Hiroshima, du cas de Marie Curie qui s’irradie toute seule ?

Claude Allègre : Elle s’est irradiée toute seule… Eh bien oui ! Comme il y a des chauffeurs de locomotives qui ont explosé. Ça fait partie du progrès. C’est comme ça ! On manipule toute la journée des acides. Si on en buvait un peu, on serait ratatiné. Mais, si on ne les manipulait pas, on ne ferait plus de chimie. Tout est à l’avenant. Il faut arrêter ce machin : le risque zéro. Derrière le principe de précaution, en filigrane, vous avez le risque zéro. Et le risque zéro, c’est la mort !

A propos Nathalie Piriou-Deslandes

Bonjour à tous, Ingénieur chimiste, depuis plus de 20 ans, dans diverses industries, je souhaite aujourd'hui, au travers de ce blog, partager mes sujets de prédilection ou simplement des idées nouvelles qui s'offrent à nous pour ouvrir des voies enthousiastes vers un avenir enfin plus ouvert à tous. Tant du point de vue de l'innovation technologique que de l'instauration de modes de management beaucoup plus participatifs, j'essaye de collecter ici des articles, des sites, des blogs de tous ces acteurs du changement qui montrent qu'il est possible de penser autrement et positivement notre monde de demain. Bienvenue sur ce blog. Merci de vous y attarder avec intérêt, je l'espère, et de me faire part de vos commentaires ... Hello everybody, For more than 20 years, I exercise my job of chemical engineer in different industries. And today, through this blog, I wish simply to share my favorite topics or new ideas which come to light and can open enthusiastic pathways towards a future finally more fruitful for all. Both from the point of view of the technological innovation and implementation of more participative models of management, I try to collect here articles, sites, blogs of all these actors of the Change who show us that it is really possible to think differently and mostly positively our tomorrow world. Welcome to this blog. Thank you for passing by there with interest, (I hope), and don’t hesitate to pass on me any reactions and/or any questions …
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